Analyse critique des hypothèses abordées : qu'est-ce que l'ambre n'est pas?

Les couleurs interdites par le standard ont rapidement eu le vent en poupe pour expliquer le phénomène X-Color. Les éleveurs de Norvégiens n’étaient pas habitués à ces couleurs et donc pas forcément capable d’en faire la distinction. De plus, la sélection des années 90 s’est tournée vers l’accentuation du type avec des Norvégiens « orientalisés ». En assistant à l’émergence des X-Color, il n’y avait qu’un pas à effectuer pour suspecter des accouplements clandestins avec les races orientales dont le réservoir de couleurs est impressionnant ! Sans doute y avait-il aussi un manque de motivation et de moyen, pour trouver une explication plausible. Tout ceci permet d’expliquer ce foisonnement d’hypothèses dont les fondements scientifiques sont parfois irréalistes.

Les Norvégiens ambre sont-ils écailles?

En 1992, certains pensaient que les deux premiers X-Color étaient torbies et qu’un des pères avait été accidentellement orange. Mais la répartition des plages orange correspondant strictement aux régions agouti est troublante et ne correspond pas aux robes écaille classiques. Des mâles écailles sont connus mais presque systématiquement stériles ce que n’était pas Wildwood’s Imer. L’allèle orange n’était pas présent dans la portée qui l’a vu naître et Imer ne s’est pas reproduit comme un chat orange ce qui écarte les hypothèses de chimérisme et de mutation spontanée somatique de l’allèle XO. De plus, le caractère est transmis indépendamment du chromosome X et de nombreux vestiges eumélaniques attestent de son statut génétiquement noir (et non orange), ce qui exclut une translocation du locus orange sur un autre chromosome. L’explosion de naissances X-Color qui a suivi a définitivement rayé cette hypothèse des esprits.

S'agit-il de rufisme?

L’hypothèse fut abordée, mais rapidement abandonnée. Répandu dans toutes les races, éleveurs et juges internationaux ont écarté cette possibilité en assistant à l’évolution de la couleur. De plus le fait marquant du poil ambre est la longueur de la racine fauve (cf analyse microscopique) plus que sa couleur alors que le rufisme correspond à des variations de teinte de la phaeomélanine, allant du jaune gris au brun rouge.  L’ambre ne concerne qu’une seule lignée de Norvégien, avec une évolution systématiquement identique et un déterminisme monogénique et récessif. Cette couleur n’a définitivement rien à voir avec le rufisme polygénique, défaut très répandu dans la race du Norvégien pour qui aucune sélection n’est menée sur la couleur et dont l’évolution chez un chat est incomparable à celle de l’ambre.

Hypothèse de l'allèle chocolat

Agés d’un an, Imer et Iros ont respectivement été réenregistrés en lilac et chocolat : la récessivité de cet allèle concordait avec les observations du terrain et des Persans ou Orientaux auraient pu s’infiltrer dans la race à partir de novices ancêtres de Babuschka. Toutefois cette hypothèse manque de réalisme car le phénotype ambre et son évolution ne rappelle en rien la couleur chocolat, que ce soit chez l’adulte ou le chaton et n’explique en rien les observations microscopiques. L’hypothèse eut son heure de gloire jusqu’en 1998, date à laquelle les mariages-tests ont mis fin à l’ère du Norvégien chocolat. On peut d’ailleurs s’interroger comment les juges de l’époque ne connaissaient pas la couleur chocolat et n’ont pas fait la distinction avec les Norvégiens ambre avant.

Hypothèse de l'allèle cinnamon

Ce n’est qu’en 1998 que l’hypothèse du cinnamon a ouvertement été émise. On trouva des similitudes intéressantes avec les couleurs cinnamon et fawn de l’Abyssin. Les premières analyses microscopiques sont venues confirmer les impressions macroscopiques. De plus, le cinnamon est récessif et le sang du Somali coule vraisemblablement dans les veines de certains Norvégiens actuels et aurait pu apporter l’allèle cinnamon simultanément au ticked. Les chats ambre présentent des poils foncés sur la ligne dorsale et la queue qui auraient pu rappeler un vestige de ticked.

Toutefois ces vestiges existent aussi sur les robes ambre tabby non ticked alors que le ticked dominant ne s’exprime jamais simultanément à un autre motif tabby. De plus la robe cinnamon ne subit pas la même évolution et n’a aucun poil ou autre vestige foncé (coussinets, truffe, contour des yeux …). L’ambre ne présente pas non plus la teinte du cinnamon, plus terne à mon goût et sans reflet métallique. Enfin, Babuschka, mère de l’ambre n’a aucun ancêtre ticked et ses ancêtres ne sont pas en parenté directe avec quelques descendants ticked. Les mariages tests puis le dépistage génétique ont définitivement laissé cette hypothèse aux oubliettes.

L'ambre est-il similaire au golden shaded?

Même si certaines caractéristiques de la robe et les analyses microscopiques concordent en partie, le phénotype golden shaded du Persan n’a jamais été décrit et l’allèle Wb est théoriquement absent du pool génétique du Chat des Forêts Norvégiennes. Cet allèle est dominant (à pénétrance variable) alors que l’allèle ambre est récessif. De plus les chats golden shaded ont une truffe cerclée d’un liseré noir, absent chez l’ambre tabby. De même, les robes ambre silver et smoke existent mais ne ressemblent en rien au silver shaded ou au chinchilla. L’existence de la robe ambre unie est aujourd’hui confirmée, ce qui invalide encore l’hypothèse du Widebanding qui ne s’exprime que sur les robes tabby !

Ce dernier argument interpelle et écarte également le fait qu’il puisse s’agir de black tabby très chauds, comme certains éleveurs l’ont proposé. En effet, comment parler de black TABBY chaud sur des individus arborant des robes unies ? D’ailleurs ce phénotype « chaud » est lié à des polygènes, déterminisme génétique différent de celui de l’ambre.

Des juges conseillèrent à S. Erikers de réenregistrer les chatons Imer et Iros en golden tabby à l’âge de 4 mois. Ultérieurement d’autres ont réenvisagé cette hypothèse comme la plus probable. Elle est toutefois difficile à analyser, difficulté qui tient vraisemblablement au cadre très flou et mal délimité de cette couleur : le complexe « golden » est en effet très vaste et son support génétique probablement multiple et encore inconnu. La truffe pourrait être un critère distinctif : dans les teintes golden (non shaded), certains chats ont une truffe couleur rouge brique et cerclée d’un liseré eumélanique, d’autres une truffe rose sans liseré. Tous sont pourtant enregistrés golden tabby. Chez le Norvégien, les premiers sont dits black tabby chauds ou par abus de langage golden tabby (dû aux polygènes sans widebanding) et les seconds sont dits ambre. Pourquoi cette couleur « golden à truffe rose » observée dans d’autres races ne serait pas génétiquement proche de l’ambre du Norvégien ?

L’hypothèse du caramel

Fin 2001, Madsen proposa l’allèle modificateur de dilution pour expliquer l’ambre. En effet, l’allèle Dm est dominant mais ne s’exprime que chez un chat dilué. Or l’allèle de dilution est récessif, ce qui pouvait expliquer pourquoi la transmission de la couleur semblait récessive. De plus, l’expression de Dm n’est connue que chez les races orientales à pelage court qui auraient pu être utilisées à tort pour « orientaliser » le type du Skogkatt dans les années 90. Chez le Norvégien, le phénotype aurait pu s’exprimer différemment à cause des poils longs.

Si pour Madsen, l’ambre se rapproche par certains aspects du caramel (reflets métalliques, couleur des coussinets, évolution de la teinte), pour d’autres, les Norvégiens ambre ne rappellent en rien le caramel (Gullaud) ou seulement les robes ambre diluées (Fiedler). Cette hypothèse ne fait donc pas l’unanimité et laisse de nombreuses questions sans réponse.

(1) Comment expliquer l’existence de la couleur ambre non diluée alors que l’allèle Dm n’a d’action que sur les robes diluées ?

(2) Comment expliquer qu’on fasse si facilement la différence entre les couleurs ambre et ambre clair alors qu’il est très difficile de faire la différence entre les différentes nuances de caramel ?

(3) Comment expliquer l’épistasie du pigment orange sur l’ambre alors que le modificateur de dilution transforme le crème en abricot ?

Quoiqu’il en soit, si l’allèle en cause était Dm, l’ambre serait apparu beaucoup plus tôt. En effet Isis et Froy Sparetta étaient blue tabby et portaient l’allèle vu qu’elles l’ont transmis. L’allèle Dm étant dominant ces deux chattes n’auraient pas dues être blue tabby mais … ambre tabby !

Nouvelle mutation au locus Agouti?

Outre la couleur fauve, l’apparence tabby de tous les chats ambre, les confusions entre chatons ambre uni et black tabby et les observations microscopiques ont longtemps déconcerté et aurait pu s’expliquer par une nouvelle mutation au locus Agouti. Néanmoins les allèles Agouti donnant une « robe jaune » sont par principe dominants, en raison de leur mode d'action et codent pour une protéine agouti normale mais surexprimée, rendant cette hypothèse moins probable. Ceci est d'autant plus invraisemblable que les mutations jaunes au locus Agouti ont de nombreux effets pléiotropes délétères associés à cette couleur de robe, ce qui n'a jamais été décrit chez le Norvégien ambre. Cette hypothèse a définitivement écarté par le dépistage génétique

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site

×